Article publié sur LeGuide.be
La chanteuse et pianiste de jazz Diana Krall sera ce soir à Forest National. Par son swing sophistiqué, la Canadienne fait à nouveau de la chanson-swing, un art populaire. Retour sur l'itinéraire d'une enfant douée.
PORTRAIT
ANDRE JOASSIN
Diana Krall naît à Nanaimo en Colombie-Britannique, non loin de Vancouver en 1964. Sa mère et son père jouent du piano, et toute la famille se réunit régulièrement pour pousser la chanson. A 4 ans, elle débute l'étude du piano classique et, à 15, elle anime les bars et restos locaux.
Dotée d'une bourse du Festival de Vancouver, elle passe deux ans dans la section jazz du Berklee College à Boston avant de rejoindre Los Angeles où elle reçoit entre autres les conseils de Jimmy Rowles et Ray Brown.
Elle s'installe à New York en 1990, mais c'est à Toronto, pour un label canadien, que la chanteuse enregistre « Steppin out », son premier album personnel.
Elle est bientôt signée par GRP pour lequel elle enregistre en 1994 « Only trust your heart » où elle retrouve Ray Brown. L'album est supervisé par Tommy LiPuma producteur de disques de George Benson, Barbra Streisand et tant d'autres. Sa collaboration avec Diana Krall continue aujourd'hui.
Depuis, la jazzwoman a connu un succès grandissant avec « All for you » (1996), dédié à Nat King Cole, sa grande référence avec Carmen McRae, « Love scenes » (1997), « When I look in your eyes » (1998), « The look of love » (2001) et « Live in Paris » (2003).
Chose rare il y a quelques années encore pour un artiste répertorié « jazz », les ventes de certains albums de Diana Krall ont rivalisé avec celles des chanteurs pop. « When I look in your eyes » qui a remporté deux Grammy, a passé une année complète en tête du classement jazz du Billboard, et son succès s'est confirmé au Canada, en Europe, au Japon...
Elle rejoint ainsi Miles Davis et Pat Metheny dans le cercle restreint des musiciens de jazz suffisamment populaires pour se produire à Forest National.
Par contre, l'émotion ne paraît pas être la première force de son art, la chanteuse ne paraissant se livrer, ni dans son style musical ni dans sa communication avec le public. C'est peut-être d'ailleurs par ce glamour distancié et contrôlé, dont elle sait user en scène comme dans l'iconographie des albums, associé aux équilibres élégants de son jazz où tout paraît simple que l'artiste séduit. Son image associée à son swing fluide et pastel et son jeu de piano sophistiqué forment le tableau d'un romantisme à l'introversion mystérieuse, sur lequel l'auditeur peut projeter ses propres sentiments. Le bon goût de l'ensemble est certifié par la qualité des musiciens dont elle s'entoure selon les sessions : le guitariste Russell Malone, les orchestrateurs Johnny Mandel, Claus Ogerman, les contrebassistes Ray Brown, Chris McBride, Robert Hurst, le saxophoniste Stanley Turrentine, le batteur Peter Erskine...
Et le choix, entre les classiques de la chanson américaine et les originaux, de reprises de succès populaires plus récents (de Joni Mitchell à Tom Waits) achève d'aider à trouver ses repères.
Son plus récent album « The girl in the other room » est marqué par ses compositions communes avec son mari Elvis Costello. Celles-ci n'ont pas encore les qualités mélodiques des grands standards, mais ces chansons d'amour, plus corsées, plus ambiguës, plus sombres parfois, semblent annoncer une nouvelle orientation intéressante pour la vocaliste.

