Forest National craque pour la Krall

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Forest National craque pour la Krall

Postby Rémi on 02 Dec 2004, 23:43

Une pianiste et chanteuse étiquetée jazz investit la grande salle bruxelloise. A la tête d'un quartet rempli de qualités, elle est devenue une artiste crossover. A côté des habituelles reprises, quelques titres coécrits avec Elvis Costello.

Il n'y a pas à dire, un quartet de jazz sur la scène de Forest National, ça fait son petit effet: piano, contrebasse, modeste ampli de guitare et petite batterie avec ses charleston, caisse claire, etc. Tout cela paraît bien désuet en regard des amoncellements de matos qu'occasionnent les musiques tapageuses.

Un quartet de jazz à Forest National? Certes, l'on pourrait souhaiter un lieu plus convivial, plus chaleureux, voire plus joli que ces grandes coulées de béton armé réverbérantes. A Amsterdam, Diana Krall et son quartet se présentent au Concertgebouw et, à Londres, au Royal Albert Hall. Drôlement plus chic.

En arriver là, c'est-à-dire dans une salle d'une telle capacité - 4000 personnes en configuration assise -, n'est pas sans mérite pour un artiste labellisé jazz. A part la même Diana, le 4 octobre 2002 mais devant une audience bien moindre, l'on n'y a vu que Miles Davis époque électrique après «Tutu», et un immense hommage à Toots Thielemans.

Crossover

Certes, il y a son côté blonde ténébreuse, et le charme qu'on peut y trouver, mais sa réussite n'est pas qu'un effet de marketing. Certes, Diana Krall est maintenant perçue comme une artiste «crossover», flirtant avec la chanson populaire et folk. «En tout cas, il n'y a pas de cordes, se réjouit un voisin, sinon elle fait ch... Elle est mariée à qui déjà? Ah oui, Elvis Costello. Qu'est-ce qu'y d'vient çui là, on n'en entend plus parler?»

Doucement les basses, la Krall entre en scène et file sur un tabouret qu'elle ne quittera pas du concert. Après quelques mises au point sonores, le quartet tourne gentiment. Et quel quartet! Toujours de l'autre côté du piano, le grand Robert Hurst, à la contrebasse, sonne rond, juste et précis («East of the Sun and West of the Moon»). Souvent avec ses balais, le batteur Peter Erskine a l'air de tricoter à l'aise, mais quel boulot il assure! Sourcils relevés, cravate rose sur le bedon, quand ce faux père tranquille se déchaîne, ça fait mal («Devil May Care»).

Quant au guitariste Anthony Wilson, souple, fluide et précis lui aussi, il laisse s'exprimer un tempérament très blues («Stop This World», «Devil May Care»). Pianiste, Diana Krall fait bonne figure, même si elle joue la plupart du temps les deux mains proches l'une de l'autre, sans grande ouverture. L'influence stride est manifeste, notamment lorsqu'elle se moule dans le Nat «King» Cole Trio ou sur «Temptation». Pianiste stride lui-même, son père ne possédait-il pas, selon elle, tous les enregistrements de Fats Waller? Elle dit même qu'elle les a tous appris et, de fait, ça marque.

«Temptation» a été écrit par «Tom Waits et sa femme Kathleen Brennan», insiste-t-elle. Elle aime ça, la complicité amoureuse autour de la partition, comme en témoignent ses quelques chansons coécrites avec son «husband», l'Elvis bis. Que ce soit sur «The Girl in the other Room» ou «Abandoned Masquarade» et son crescendo ravageur, la chanteuse a je ne sais quoi de particulier dans son interprétation, une profondeur touchante.

Jazz not jazz

Cela étant, Diana Krall n'est pas une chanteuse de jazz au sens strict, qui userait de sa voix comme d'un instrument, capable d'improvisation. Plus proche de Joan Baez, Suzanne Vega, Rickie Lee Jones ou Joni Mitchell - ces deux dernières étant marquées d'influences jazzy... -, elle ne manque ni d'expressivité ni de force, avec ce petit voilé qui fait tout. Manquant par contre de distance ironique, elle ne réussit pas très bien ses Bob Dorough («Devil May Care») et Mose Allison («Stop This World»), mais pour un titre comme «Love me like a Man», alors là, allez savoir pourquoi, ça va tout de suite mieux. Avec charme mais sans le moindre sourire, diablement efficace mais fort conventionnelle, Diana Krall empoche la mise. Forest National ne se tient plus.

DVD Diana Krall live au Festival de jazz de Montréal, Verve/Universal.

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Re:

Postby Elbutor on 11 Dec 2004, 14:23

Un article fort bien écrit technique et avec du recul.
Ca change de la presse locale de par chez moi qui commente le public plus que l'artiste.
Et surtout ca donne envie d'aller la revoir :cry:
Elbutor
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