Diana à Montréal
Bonjour!
Pour aider mes amis Français à se changer les idées après l'amère défaite des Bleus à l'Euro 2004, voici un article paru samedi dans le quotidien montréalais La Presse.
26-06-2004
Le 25e festival de jazz de Montréal
Célébrité pop attitude jazz
Alain Brunet
La Presse
Avec son nouvel album The Girl In The Other Room, Diana Krall fait la preuve qu'elle est plus qu'une chanteuse jazzy pop adulée par le grand public. En fait, son mariage avec le Britannique Elvis Costello, très présent dans ce processus créatif, nous révèle la chanteuse canadienne sous un autre éclairage. Elle se confie à La Presse, à quelques jours du gala commémorant le 25e anniversaire du Festival international de jazz de Montréal, mardi au Centre Bell.
Courtoise, elle s'enquiert de l'état de son interlocuteur, on sent tout de même une certaine lassitude dans le ton. Trop d'interviews, madame Krall? Trop de concerts? Too many buzzards sitting on the fence ? pour reprendre une rime de Stop this World, reprise de Mose Allison qu'elle nous serten apéro sur son nouvel album.
Elle rit doucement. « Je n'ai pas très bien dormi », répond-elle.
Les interviews avec Diana Krall commencent comme celles réalisées aux cours des années précédentes: on la sent fatiguée et impatiente, un tantinet caustique dans ses réparties... et puis tout baigne. Un peu à l'image de sa carrière... de prévisible et opiniâtre chanteuse de jazz s'accompagnant au piano dans le monde prédigéré des standards, elle est finalement devenue une artiste respectée. Parce qu'elle s'est approprié une forme insoupçonnée (quoique très accessible), quelque part entre le jazz et la création pop. Idem pour sonmariage avec Elvis Costello; l'union s'annonçait platement glamour, et voilà qu'il en ressort déjà un chapitre de création authentique.
Diana Krall, tout compte fait, est plus qu'une chanteuse jazzy pop, beaucoup plus qu'une pub de Chrysler garnissant la caisse de retraite de Burt Bacharach imaginez les droits qu'il a touchés avec les reprises de la grande blonde! Plus qu'une prestigieuse invitée aux duos du regretté Ray Charles (à venir prochainement) ou l'interprète de Just One Of Those Things, classique de Cole Porter retenu dans la bande originale d'un film réalisé enhommage au génial songwriter (De-lovely).
« Mon dernier disque, résume-t-elle, est la représentation honnête de ce que j'étais lorsqu'il a été créé en 2003. Aujourd'hui, je regarde ailleurs. Avant de réaliser The Girl In The Other Room, j'avais eu la chance de faire un disque comportant un travail orchestral considérable. J'ai voulu travailler avec Johnny Mandel qui a orchestré le travail de Shirley Hornet Frank Sinatra, je l'ai fait. J'ai pu me permettre la collaboration du légendaire Claus Ogerman qui a arrangé pour Jobim et Gilberto; j'ai pu chanter ce répertoire avec un grand orchestre.
« J'étais alors dans le moment présent, je le suis toujours aujourd'hui. Par exemple, je me suis sentie mal à l'aise lorsqu'on a repris à des fins publicitaires pour cette tournée un extrait de la chanson S'Wonderful , tiré de l'album précédent. Bien sûr, mon répertoire comporte de » vieilles « chansons, mais elles ne constituent en rien les bases de ma tournée actuelle. »
Après avoir repris le répertoire de Nat King Cole, après être devenue la plus populaire des chanteuses de jazz sur terre en versant dans les standards comme dans cette classic pop orchestrée avec faste, la Canadienne de 39 ans dit faire dans la création.
« Je fais dans la musique tout court, précise-t-elle. Le jazz en est la racine, la constante. Le jazz est toujours là car il est ouvert à l'improvisation. Et je tiens à ce qu'il y ait toujours de l'improvisation dans mon travail. Encore hier sur scène, je me suis permis de jouer Don't Fence Me In pour enchaîner avec Black Crow, de Joni Mitchell. C'est ce que l'attitude jazz me permet, avec toute la confiance que m'accorde mon auditoire. »
Diana Krall tourne d'ailleurs avec un ensemble très jazz, ensemble que forment le contrebassiste Rob Hirst, le guitariste Anthony Wilson et le batteur Peter Erskine. Mardi au Centre Bell, le gala du 25e Festival international de jazz de Montréal ne prévoit qu'un invité: son fameux mari. L'excellent songwriter canadien Ron Sexmith, prévu en première partie, se joindra peut-être à la chanteuse, Tony Bennett a malheureusement décliné l'invitation.
Quoi qu'il advienne de ces « surprises », Declan McManus ( le nom véritable de Costello) sera l'illustre invité d'une équipe rodée, qui tourne sur ce continent depuis une paire de mois. Ce sera la manifestation sur scène d'une collaboration fructueuse.
« Ce disque, affirme Mme Krall-McManus, je l'ai fait comme les autres: il s'agissait de trouver de bonnes chansons, les enregistrer en studio, les jouer dans le cadre intimiste des clubs pour voir si elles se portaient bien sur scène. Cette fois, je n'avais pas envie de choisir des standards de jazz, ce n'était pas la direction à prendre pour ce disque. J'ai travaillé fort sur le répertoire de Joni Mitchell et Tom Waits, j'ai créé les miennes avec mon mari. Nous avons enregistré 25 chansons, nous en avons gardé une douzaine.»
« Pour ce, nous nous sommes enfermés dans une résidence de la Colombie-Britannique, nous avons aussi écrit sur la route. À mon grand étonnement, ce fut facile, très agréable et d'autant plus excitant. J'aurais pu sortir frustrée de cette expérience malgré toute la beauté et la chance extraordinaire de travailler avec un tel partenaire. Il aurait pu douter de ce projet, il aurait pu se lasser de ce travail. Au contraire, il n'a pas cessé de m'encourager.»
« Jamais il ne m'a indiqué ce que je devais faire. On s'échangeait des informations, il m'encourageait à ne rien détruire, à enregistrer patiemment, à me concentrer sur l'objectif de chaque chanson, à préciser la manière dont je voulais dire les choses. Et il me proposait de m'aider pour parfaire mon travail. Ainsi, Elvis et moi avons bien travaillé ensemble. Nous n'avons pas tenté de réécrire des standards racoleurs, encore moins les tubes d'une saison. Les chansons étaient déjà en nous, j'ai pu trouver un déversoir créatif en quelqu'un qui comprend la musique sous toutes ses formes. Ce fut un immense plaisir de travailler avec un mari que j'admire, que je respecte, à qui j'accorde une confiance illimitée. »
Le tournant de sa carrière
Sa chanson la plus réussie?
« Difficile à dire... Je suis, en tout cas, très fière de Departure Bay », répond l'artiste. On lui donnera raison. Dernière au menu, Departure Bay évoque le port de sa ville natale (Nanaimo), on y imagine les scènes d'un premier Noël suivant la disparition de sa mère bien-aimée, on s'y ouvre de nouveau à l'espoir, aux nouvelles amours, à l'avenir.
Diana Krall, qui partage sa vie entre les tournées, les voyages et deux résidences (New York et la Colombie-Britannique), s'estime très chanceuse d'être parvenue à un tel résultat au cours d'une période de changements personnels pour le moins intenses.
« J'avais alors le sentiment qu'on avait tiré le tapis sous ma vie et ses repères... J'étais dans un tel état de déséquilibre! Que faire alors? Se sauver ou bien plonger? Plonger. Heureusement, je suis le genre de personne qui peut tirer parti de telles situations. Certaines périodes très douloureuses de ma vie ont été parmi les plus créatives. Encore hier, j'étais très fatiguée avant mon spectacle. Je suis montée sur scène et ce fut l'une des meilleures représentations de cette tournée. Beaucoup de plaisir, du rire à profusion... voilà toute la magie de la musique! »
La nouvelle récipiendaire du prix Oscar-Peterson dit être toujours reconnaissante envers le public montréalais qu'elle s'apprête à combler de nouveau, mardi.
« En 1995, se rappelle-t-elle, ma mère était très malade et nous avions joué au Cabaret du Musée Juste pour rire. Mon désarroi m'avait alors poussée à me surpasser. Ce fut une chance exceptionnelle, un véritable tremplin, le tournant de ma carrière. Je me souviens aussi de mon premier spectacle (télévisé) au Spectrum... Lot of faith in Montréal. »
DIANA KRALL, en concert au Centre Bell le mardi 29 juin, 20 h. Gala présenté en avant-première du 25e Festival de jazz de Montréal.
Pour aider mes amis Français à se changer les idées après l'amère défaite des Bleus à l'Euro 2004, voici un article paru samedi dans le quotidien montréalais La Presse.
26-06-2004
Le 25e festival de jazz de Montréal
Célébrité pop attitude jazz
Alain Brunet
La Presse
Avec son nouvel album The Girl In The Other Room, Diana Krall fait la preuve qu'elle est plus qu'une chanteuse jazzy pop adulée par le grand public. En fait, son mariage avec le Britannique Elvis Costello, très présent dans ce processus créatif, nous révèle la chanteuse canadienne sous un autre éclairage. Elle se confie à La Presse, à quelques jours du gala commémorant le 25e anniversaire du Festival international de jazz de Montréal, mardi au Centre Bell.
Courtoise, elle s'enquiert de l'état de son interlocuteur, on sent tout de même une certaine lassitude dans le ton. Trop d'interviews, madame Krall? Trop de concerts? Too many buzzards sitting on the fence ? pour reprendre une rime de Stop this World, reprise de Mose Allison qu'elle nous serten apéro sur son nouvel album.
Elle rit doucement. « Je n'ai pas très bien dormi », répond-elle.
Les interviews avec Diana Krall commencent comme celles réalisées aux cours des années précédentes: on la sent fatiguée et impatiente, un tantinet caustique dans ses réparties... et puis tout baigne. Un peu à l'image de sa carrière... de prévisible et opiniâtre chanteuse de jazz s'accompagnant au piano dans le monde prédigéré des standards, elle est finalement devenue une artiste respectée. Parce qu'elle s'est approprié une forme insoupçonnée (quoique très accessible), quelque part entre le jazz et la création pop. Idem pour sonmariage avec Elvis Costello; l'union s'annonçait platement glamour, et voilà qu'il en ressort déjà un chapitre de création authentique.
Diana Krall, tout compte fait, est plus qu'une chanteuse jazzy pop, beaucoup plus qu'une pub de Chrysler garnissant la caisse de retraite de Burt Bacharach imaginez les droits qu'il a touchés avec les reprises de la grande blonde! Plus qu'une prestigieuse invitée aux duos du regretté Ray Charles (à venir prochainement) ou l'interprète de Just One Of Those Things, classique de Cole Porter retenu dans la bande originale d'un film réalisé enhommage au génial songwriter (De-lovely).
« Mon dernier disque, résume-t-elle, est la représentation honnête de ce que j'étais lorsqu'il a été créé en 2003. Aujourd'hui, je regarde ailleurs. Avant de réaliser The Girl In The Other Room, j'avais eu la chance de faire un disque comportant un travail orchestral considérable. J'ai voulu travailler avec Johnny Mandel qui a orchestré le travail de Shirley Hornet Frank Sinatra, je l'ai fait. J'ai pu me permettre la collaboration du légendaire Claus Ogerman qui a arrangé pour Jobim et Gilberto; j'ai pu chanter ce répertoire avec un grand orchestre.
« J'étais alors dans le moment présent, je le suis toujours aujourd'hui. Par exemple, je me suis sentie mal à l'aise lorsqu'on a repris à des fins publicitaires pour cette tournée un extrait de la chanson S'Wonderful , tiré de l'album précédent. Bien sûr, mon répertoire comporte de » vieilles « chansons, mais elles ne constituent en rien les bases de ma tournée actuelle. »
Après avoir repris le répertoire de Nat King Cole, après être devenue la plus populaire des chanteuses de jazz sur terre en versant dans les standards comme dans cette classic pop orchestrée avec faste, la Canadienne de 39 ans dit faire dans la création.
« Je fais dans la musique tout court, précise-t-elle. Le jazz en est la racine, la constante. Le jazz est toujours là car il est ouvert à l'improvisation. Et je tiens à ce qu'il y ait toujours de l'improvisation dans mon travail. Encore hier sur scène, je me suis permis de jouer Don't Fence Me In pour enchaîner avec Black Crow, de Joni Mitchell. C'est ce que l'attitude jazz me permet, avec toute la confiance que m'accorde mon auditoire. »
Diana Krall tourne d'ailleurs avec un ensemble très jazz, ensemble que forment le contrebassiste Rob Hirst, le guitariste Anthony Wilson et le batteur Peter Erskine. Mardi au Centre Bell, le gala du 25e Festival international de jazz de Montréal ne prévoit qu'un invité: son fameux mari. L'excellent songwriter canadien Ron Sexmith, prévu en première partie, se joindra peut-être à la chanteuse, Tony Bennett a malheureusement décliné l'invitation.
Quoi qu'il advienne de ces « surprises », Declan McManus ( le nom véritable de Costello) sera l'illustre invité d'une équipe rodée, qui tourne sur ce continent depuis une paire de mois. Ce sera la manifestation sur scène d'une collaboration fructueuse.
« Ce disque, affirme Mme Krall-McManus, je l'ai fait comme les autres: il s'agissait de trouver de bonnes chansons, les enregistrer en studio, les jouer dans le cadre intimiste des clubs pour voir si elles se portaient bien sur scène. Cette fois, je n'avais pas envie de choisir des standards de jazz, ce n'était pas la direction à prendre pour ce disque. J'ai travaillé fort sur le répertoire de Joni Mitchell et Tom Waits, j'ai créé les miennes avec mon mari. Nous avons enregistré 25 chansons, nous en avons gardé une douzaine.»
« Pour ce, nous nous sommes enfermés dans une résidence de la Colombie-Britannique, nous avons aussi écrit sur la route. À mon grand étonnement, ce fut facile, très agréable et d'autant plus excitant. J'aurais pu sortir frustrée de cette expérience malgré toute la beauté et la chance extraordinaire de travailler avec un tel partenaire. Il aurait pu douter de ce projet, il aurait pu se lasser de ce travail. Au contraire, il n'a pas cessé de m'encourager.»
« Jamais il ne m'a indiqué ce que je devais faire. On s'échangeait des informations, il m'encourageait à ne rien détruire, à enregistrer patiemment, à me concentrer sur l'objectif de chaque chanson, à préciser la manière dont je voulais dire les choses. Et il me proposait de m'aider pour parfaire mon travail. Ainsi, Elvis et moi avons bien travaillé ensemble. Nous n'avons pas tenté de réécrire des standards racoleurs, encore moins les tubes d'une saison. Les chansons étaient déjà en nous, j'ai pu trouver un déversoir créatif en quelqu'un qui comprend la musique sous toutes ses formes. Ce fut un immense plaisir de travailler avec un mari que j'admire, que je respecte, à qui j'accorde une confiance illimitée. »
Le tournant de sa carrière
Sa chanson la plus réussie?
« Difficile à dire... Je suis, en tout cas, très fière de Departure Bay », répond l'artiste. On lui donnera raison. Dernière au menu, Departure Bay évoque le port de sa ville natale (Nanaimo), on y imagine les scènes d'un premier Noël suivant la disparition de sa mère bien-aimée, on s'y ouvre de nouveau à l'espoir, aux nouvelles amours, à l'avenir.
Diana Krall, qui partage sa vie entre les tournées, les voyages et deux résidences (New York et la Colombie-Britannique), s'estime très chanceuse d'être parvenue à un tel résultat au cours d'une période de changements personnels pour le moins intenses.
« J'avais alors le sentiment qu'on avait tiré le tapis sous ma vie et ses repères... J'étais dans un tel état de déséquilibre! Que faire alors? Se sauver ou bien plonger? Plonger. Heureusement, je suis le genre de personne qui peut tirer parti de telles situations. Certaines périodes très douloureuses de ma vie ont été parmi les plus créatives. Encore hier, j'étais très fatiguée avant mon spectacle. Je suis montée sur scène et ce fut l'une des meilleures représentations de cette tournée. Beaucoup de plaisir, du rire à profusion... voilà toute la magie de la musique! »
La nouvelle récipiendaire du prix Oscar-Peterson dit être toujours reconnaissante envers le public montréalais qu'elle s'apprête à combler de nouveau, mardi.
« En 1995, se rappelle-t-elle, ma mère était très malade et nous avions joué au Cabaret du Musée Juste pour rire. Mon désarroi m'avait alors poussée à me surpasser. Ce fut une chance exceptionnelle, un véritable tremplin, le tournant de ma carrière. Je me souviens aussi de mon premier spectacle (télévisé) au Spectrum... Lot of faith in Montréal. »
DIANA KRALL, en concert au Centre Bell le mardi 29 juin, 20 h. Gala présenté en avant-première du 25e Festival de jazz de Montréal.
